20.10.2009

Une fleur pour les femmes du Congo

Petit souvenir de l’action « Une fleur pour les femmes de RDC » organisé par une coalition d’organisations. Par cette action, la coalition « Tous ensemble pour la cause des femmes en RDC » voulait rappeler aux parlementaires à l’occasion de leur rentrée ce mardi 13 octobre, l’importance de garder une attention soutenue aux femmes victimes de viols et de violences sexuelles en RDCongo.

 

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17.02.2008

Bukavu et les violences sexuelles

On n'a pas toujours internet. La terre a tremblé plusieurs nuits, coupant aussi l'électricité, l'eau parfois et bien sur internet. je vous relate donc ces derniers évènements avec un jour de retard. j'écris souvent le soir dans mon lit et je le mets à votre disposition quand c'est possible.  

 Chouchou et les "femmes des médias"

Jeudi soir donc, après huit heures de routes, on a notamment rencontré Chouchou et ses collaboratrices de l’organisation « femmes et médias ». C’est un des premiers entretiens qui m’a vraiment beaucoup choqué. Je ne savais pas que ce n’était que le premier d’une très longue série. Ce qui se passe en RDC et principalement dans cette régions des deux Kivu dépasse tout entendement. Je vous l’avais dit en introduction, notre mission se focalise essentiellement sur le viol utilisé comme arme de guerre. Chouchou nous raconte ce qu’elle voit et les témoignages quelle et les autres femmes engagées à ses côtés entendent. Je suis toujours en train de me demander si je vais vraiment raconter cela sur mon blog, mais, je crois que les gens doivent savoir, réellement, afin de pouvoir réagir de la même intensité.

Les violeurs sont, à 80% des membres des interhamwes, les milices qui ont fuit le Rwanda et sont venues s’installer ici dans la forêt aux frontières. Je dis essentiellement car, pendant la guerre, des membres de l’armée congolaise et même des membres de la MONUC, vous lisez bien, ont violés. Aujourd’hui, de plus en plus de civils usent du viol comme arme pour se venger. C’est pour cela que nous parlons de cette expression « viol comme arme de guerre », « viol comme arme génocidaire ». il n’y a pas que les femmes qui sont violées. Il y a aussi des hommes, des jeunes garçons et même des enfants, parfois de 4 ou 5 ans. Même si les cas des hommes sont plus rares, on en recense quelques-uns.

Dans la tradition africaine, le viol est inconcevable. Jamais on ne parlait de viol ici. Même si le sujet était un grand tabou, la culture africaine ne peut concevoir cet acte. Et pourtant, c’est désormais ce qui se passe ici, pendant la guerre mais aussi après la guerre. Depuis que les interahmwes occupent les forêts aux frontières entre le Rwanda et ici ils se livrent à cette horreur sans nom. Ils viennent dans les villages, ils pénètrent dans les maisons, ils violent les femmes devant le mari et les enfants, ils tuent le mari et enlèvent femmes et enfants. Ceux-ci servent d’esclaves sexuels et de bouclier humain. On nous raconte plusieurs témoignages sur ce genre de cas. Les femmes sont violées par un, deux trois, parfois 10 hommes l’un à la suite de l’autre. Après ils la violent avec des objets. Ils tuent les enfants, un par jour, et apportent la tête de l’enfant à la maman. Quand ces femmes sont au bord de la mort, ils les ramènent au village et en prennent d’autre. Certaines ont été tellement violées et torturées qu’elles en ont perdu leur matrice et tous leurs organes génitaux.

Pourquoi, pourquoi ? Je ne peux pas comprendre cet abomination sinon la thèse du viol comme arme de génocide. Une volonté pour les FDLR réfugiés ici, dans les montagnes  du Sud Kivu, d’éradiquer la population congolaise et d’y installer une population rwandaise.

Bukavu, 16 février 

Cette nuit la terre a tremblé, à 6h05 précise. Très impressionnant. J’ai mal dormi, j’ai fait des cauchemars sur tout ce que j’avais entendu la veille. J’ai aussi assez mal au dos à cause des trajets dans la savane et dans les montagnes avec des camionnettes pas adaptée. Anyway ! Aujourd’hui on a eu pas mal de contacts encore avec les sœurs de la petite communauté Olame. Sœur Marie Masson qui vit ici depuis près de 40 ans avec d’autres femmes qui mènent tout un travail de « socio thérapie » notamment. Quand une femme est violée, c’est souvent toute la communauté qui la rejette. Elle est donc doublement victime de ce qui lui arrive. Avec ces femmes très instruites et qui vivent ici, à Bukavu depuis toujours, on a une conversation essentiellement politique. Elle dénonce, avec violence, les connivences, les accords tacites entre les RCD et les FDLR. Elles dénoncent aussi la responsabilité des Etats-Unis qui a entrainé les troupes rwandaises. « les hauts gradés étaient des américains ». pire, elles dénoncent le lien entre ces militaires et une ONG qui s’appelle IRC. Sous tout cela, il y a, bien évidemment, de la corruption, du détournement de fonds internationaux. Des sommes colossales. Et aussi, les enjeux des minerais. Les mines se trouvent ici, au Sud Kivu, contrôlées par les FDLR et les usines se trouvent… au Rwanda.

Impunité

Nous rencontrons deux profs de droit de l’université catholique de Bukavu. Un a été prisonnier au Rwanda. Motif ? Atteinte à la sécurité, ségrégation ethnique, idéologie génocidaire. Il était prof de droit à Kigali, après un mois on l’a arrêté, juste pour ses écrits qui dénoncent les exactions commises ici. Il nous dit qu’il n’a pas peur de mourir, il sait que sa vie est en danger de mort constant. Cet homme arpente les forêts pour retrouver les victimes de violences sexuelles.

Mwami Kabare

C’est une des rencontres qui m’a les plus marquée jusqu’à présent. Mwami Kabare. Le chef de la chefferie de Nabushi. En fait, on a quitté l’univ et on a roulé pendant près de trois quart d’heure le long du lac Kivu pendant quelques kilomètres puis dans les montagnes. On a traversé plein de villages, des huttes et des taules, sur une route avec des crevasses énormes. C’est la saison des pluies ici. Il menaçait de pleuvoir à tout moment. En haut de la colline on arrive devant une énorme maison, en dur, en pleine « rénovation » . On nous fait tous entrer dans une pièce sans électricité, juste un feu de bois. Le Mwami est là. Sans aucun protocole il nous fait asseoir dans une pièce en plein chantier. Le Mwami est le chef traditionnel d’une région. Il est Mwami de père en fils. Depuis le 16ème siècle, avant les colonies donc, c’est sa famille qui est Mwami ici. Il est de l’ethnie Bachi. Il nous explique ce qui se passe actuellement. Le dernier « village » que nous avons traversé  avant de le rencontrer était un campement militaire, de l’armée régulière je veux dire. On nous avait dit que, quand l’armée se déplace, elle le fait avec femmes et enfants. Mwami nous informe qu’il ne s’agit pas de l’armée régulière mais bien du 14ème bataillon mixte, le dernier qui encerclait Nkunda et qui a du se replier sur ordre « internationaux ». Ce bataillon est resté seul face aux rebelles de Nkunda. Alors que Kabila avait projeté d’arrêter les forces de Nkunda par la voie militaire, la diplomatie internationale l’en a empêché, à la dernière minute. Notre communauté de diplomates préférant voir une solution « diplomatiques » à ce conflit. Sur le terrain, cette décision, d’empêcher les militaires congolais de s’emparer de Nkunda, a provoqué des dommages collatéraux extrêmement graves. Et ceux-ci ne font que commencer. Cette 14ème brigade, composée de plusieurs milliers de soldats, allait vers une victoire certaine. Au contraire, on les sommes de se replier mais ils essuient tout de même l’assaut de Nkunda. Ils perdent toutes leurs armes et se replient. On les accuse de s’être démobilisés et on les « punit » en les envoyant ici. Sur le territoire du Mwami. Tous ces militaires, complètement paumés avec la haine et l’incompréhension de ce qui s’est passé arrivent ici. Pas payés, ils réquisitionnent et squattent dans les huttes que nous voyons le long de la route. Ça fait un mois que c’est comme ça. Le Mwami tente de résoudre cela mais les autorités ne lui viennent pas en aide. Hier, des échauffourées avaient eu lieu entre les militaires- c’est une brigade mixtes, ils ne sont pas tous de la même ethnie- l’un d’entre eux à tiré et à fait un mort. Ils venaient de l’enterrer, trois heures avant que nous n’arrivions.

Il pleut, à fond ! Pour redescendre les routes sont super glissantes. Notre camionnette glisse sans arrêt. On a quelques sueurs froides mais notre chauffeur est un expert ! On va tenter de rentrer par le Rwanda afin d’éviter de devoir rentrer par les montagnes entre le Congo et le Burundi. Les routes rwandaises sont moins sûres (en terme de rencontres que l’on peut faire) mais sont meilleures, en termes de bitume. On a appelé le consul mais il a dit qu’il n’avait pas le temps de s’occuper de nous. On a appelé le consul au Rwanda, il va nous aider.

15.02.2008

Mission Kivu, de Buja à Bukavu

Je suis donc au Sud Kivu, pour une mission mixte, ONG, presse et parlementaires sur les violences sexuelles comme arme de guerre.

Ces petits articles n’ont pas propension à vous livrer une actualité politique du pays où je me trouve. Il y a deux journalistes, Ine Roox du Standaard et Colette Braeckman du Soir qui sont là pour relayer, bien mieux que moi, tout le contexte dans lequel s’insère notre mission. J’ai plutôt envie de vous faire part de détails qui m’ont touché, de moments drôles ou difficiles, de paysages observés qui ponctue cette mission.

 

Bujumbura 13 février. Nous avons du patienter quelque peu avant de sortir de l’avion, le Président Burundi était aussi dedans et il fallait le laisser sortir en premier.

Julien Tchigolo nous attend à l’aéroport. Il est de Bukavu et à fait tout le chemin jusqu’à Buja pour nous accueillir. Il nous emmène chez Père Luigi, dans une consécration Xaviérienne. Il y a un gecko dans ma chambre. Il change de couleur et devient presque transparent la nuit. Après un petit repas (après huit heures d’avion, j’ai vraiment pas faim) et un petit briefing pour faire connaissance, on va se coucher. Je partage ma chambre avec Donatella, d’EURAC.

 

14 février, départ de Buja. On monte dans un van Toyota de huit places. Miet Smets et Jean-Pol Davreux, vu leur plus grand âge (c’est eux qui le disent !) préfèreront le confort du 4X4 avec les bagages. Nous nous entassons à 9 dans le van Toyota avec Julien, notre guide et aussi mon désormais ami Fiston de l’Agnce de location de véhicules « Préférence ». On passe le poste-frontière pour sortir du Burundi. Contrôle des passeports, l’un après l’autre on doit passer dans le bureau du grand chef et déclarer notre profession. Ils sont étonnés quand je dis que je suis députée. A 27 ans au Burundi, ce n’est pas vraiment possible ça ! Mais, ils ouvrent d’encore plus grand yeux quand ils voient la lettre « C » pour célibataire en-dessous de « Etat civil ». Pas possible, une députée de 27 ans et encore célibataire… J’entame alors une grande discussion avec le grand chef et son soldat exécutant sur le mariage, le travail, la politique etc. on en conclut que je dois me marier avec quelqu’un qui a la même religion que moi mais surtout qui fait partie de mon parti politique. Fiston vole à mon secours ! Poste frontière pour entrer en RDC, 500 mètres plus loin. L’attente encore me pousse à faire un brin de causette avec les gens qui attendent. Le garde- moins drôle que le Burundais- se joint à notre discussion. Il a aussi vu que je suis célibataire sur mon passeport. Pas possible. Ses conclusions : Je dois choisir dans les célibataires qu’il y a ici, parce qu’il y en a m’informe-t-il, en fonction de la physionomie. Je propose qu’ils fassent une liste et se mettent sur la liste d’attente. J’ajoute que je ferai passer un examen de repassage, vaisselle et nettoyage ! Pour le plus grand bonheur de la seule jeune femme congolaise qui se trouvait dans notre discussion.

 

On entame notre périple. Huit heures de route. Parfois asphaltée, mais le plus souvent, de la terre battue, des cailloux énormes et des ornières d’un demi mètre de profondeur minimum. Le tout dans la montagne à quelques centimètres de ravins. On contourne le Rwanda pour aller au Sud Kivu. On ne sait pas ce qu’il peut nous arriver. Nous ne sommes ni protégés, ni armés. Au début on perd la Jeep de Miet Smets et Jean-Pol Davreux. Perso, je me sens en sécurité. Je ne pense pas une seule seconde à toutes les inconnues. C’est mieux. La route est longue. On ne s’arrête plus. On traverse des paysages à couper le souffle. Au milieu de nulle part surgissent des enfants qui courent derrière la camionnette. Ils veulent des stylos ou des bonbons. Ils veulent quelque chose, c’est tout. On découvre au détour d’un tournant, des petits villages plantés dans la colline, dans des petites huttes. Des mamans qui travaillent sans relâche, des enfants, plein d’enfants. Dès 5 ans, ils s’occupent déjà ; ils portent des bidons d’eau sur le dos, avec un bandeau partant du front ou ils portent leur petit frère ou sœur. On rencontre, dès notre arrivée, nos premiers interlocuteurs, les "honorables" du Conseil provincial puis Chouchou et ses collaboratrices de l'association Femmes des médias. Je raconterai ça plus tard. Ca demande du temps d'abord d'ingérer toutes les horreurs entendues, puis de les digérer. j'en ai fait des cauchemars d'ailleurs. La terre a encore tremblée cette nuit. A 6h05 précise.