08.02.2009
Arrestation de Nkunda, et après?
L’arrestation de Nkunda me laisse quelque peu indécise.
J’étais en Thaïlande, dans une mission à la frontière birmane quand on m’a informé de la nouvelle. Laurent Nkunda arrêté, dans une opération conjointe Congo-Rwanda. Il serait détenu dans une « prison secrète » ou en résidence surveillée quelque part au Rwanda, probablement à Gisenyi, localité située au Rwanda mais à la frontière avec l'est de la RDC.Il devrait normalement être transféré au Congo pour y être jugé mais, aux dires de certains, les autorités congolaises freineraient quelque peu le transfert par crainte que les instances judiciaires congolaises ne soient pas en mesure de le juger comme il se doit.
J’ai été très surprise par cette opération conjointe du Congo et du Rwanda. Personnellement, j’y ai vu tout de suite une opération de séduction du Rwanda qui désire redorer son image aux yeux de l’opinion internationale. Il faut dire que quelques mois plus tôt, est sorti un rapport des Nations-Unies qui l’accable totalement, prouvant ses liens avec le CNDP de Laurent Nkunda. Dans ce rapport, je l’ai sous les yeux, on peut y lire :
« Le Groupe d’experts (des Nations-Unies, ndlr) a enquêté sur des allégations selon lesquelles le Gouvernement rwandais appuierait le CNDP. Il a trouvé des preuves indiquant que les autorités rwandaises avaient été complices du recrutement de soldats, notamment d’enfants, avaient facilité la fourniture de matériel militaire et avaient envoyé des officiers et des unités des Forces de défense rwandaises (RDF) en République démocratique du Congo pour appuyer le CNDP. » Le rapport compte 65 pages.
Je pense aussi que les autorités congolaises étaient dépassées par les évènements à l’Est et se sentaient incapables de gérer cela seule. Il faut dire que la communauté internationale a été également très décevante sur le coup. Personne n’était prêt à envoyer des renforts dans cet enfer qui se tramait à l’Est. Oui, mais alors quoi ? Que va-t-il se passer après ? Il me reste plein de questions en suspend. Je vais à nouveau réinterroger le Ministre belge des affaires étrangères, même si je sais qu’il marche sur des œufs. En effet, avec la normalisation récente des relations Belgo-congolaises, il mesure probablement chacune de ses paroles afin de ne pas mettre d’huile sur le feu.Mais quand même, je crois que tout se joue maintenant. Quid des troupes rwandaises au Nord-Kivu ? Quid du « nettoyage »-puisque c’est en ces termes qu’ils parlent- du territoire des hutus rwandais souvent intégré à la population et mariés à des hutus congolaises ? Va-t-on vraiment mener une opération militaire de ce genre ? Sans causer de nouvelles victimes innocentes ? Que deviennent les accords de Goma, Nairobi, le programme Amani ?
Et quid aussi de Bosco Ntaganda, surnommé « Terminator », qui a décidé de rallier Kinshasa et d’intégrer l’armée congolaise ? Il y a un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale contre lui, on n’en fait rien ?Et il y aurait encore beaucoup d’autres questions à poser, sur le pillage des ressources naturelles des Kivus, sur le drame humanitaire que vit la population de l’Est du Congo depuis trop longtemps, sur les viols utilisés comme tactique de guerre contre les femmes et les enfants, espoir déchu d’une renaissance et d’un futur pour cette partie du monde laissée à l’abandon.
Je suis parfois tellement désolée de voir que l’instauration d’une paix durable à l’Est du Congo ne fait pas partie de l’agenda de la Communauté internationale.
A Bukavu, en février 2008.
12:28 Publié dans au-delà des frontières, Mon travail à la Chambre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : juliette boulet, ecolo, congo, rdc, est, kivu, bukavu



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