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15.02.2008
Mission Kivu, de Buja à Bukavu
Je suis donc au Sud Kivu, pour une mission mixte, ONG, presse et parlementaires sur les violences sexuelles comme arme de guerre.
Ces petits articles n’ont pas propension à vous livrer une actualité politique du pays où je me trouve. Il y a deux journalistes, Ine Roox du Standaard et Colette Braeckman du Soir qui sont là pour relayer, bien mieux que moi, tout le contexte dans lequel s’insère notre mission. J’ai plutôt envie de vous faire part de détails qui m’ont touché, de moments drôles ou difficiles, de paysages observés qui ponctue cette mission.
Bujumbura 13 février. Nous avons du patienter quelque peu avant de sortir de l’avion, le Président Burundi était aussi dedans et il fallait le laisser sortir en premier.
Julien Tchigolo nous attend à l’aéroport. Il est de Bukavu et à fait tout le chemin jusqu’à Buja pour nous accueillir. Il nous emmène chez Père Luigi, dans une consécration Xaviérienne. Il y a un gecko dans ma chambre. Il change de couleur et devient presque transparent la nuit. Après un petit repas (après huit heures d’avion, j’ai vraiment pas faim) et un petit briefing pour faire connaissance, on va se coucher. Je partage ma chambre avec Donatella, d’EURAC.
14 février, départ de Buja. On monte dans un van Toyota de huit places. Miet Smets et Jean-Pol Davreux, vu leur plus grand âge (c’est eux qui le disent !) préfèreront le confort du 4X4 avec les bagages. Nous nous entassons à 9 dans le van Toyota avec Julien, notre guide et aussi mon désormais ami Fiston de l’Agnce de location de véhicules « Préférence ». On passe le poste-frontière pour sortir du Burundi. Contrôle des passeports, l’un après l’autre on doit passer dans le bureau du grand chef et déclarer notre profession. Ils sont étonnés quand je dis que je suis députée. A 27 ans au Burundi, ce n’est pas vraiment possible ça ! Mais, ils ouvrent d’encore plus grand yeux quand ils voient la lettre « C » pour célibataire en-dessous de « Etat civil ». Pas possible, une députée de 27 ans et encore célibataire… J’entame alors une grande discussion avec le grand chef et son soldat exécutant sur le mariage, le travail, la politique etc. on en conclut que je dois me marier avec quelqu’un qui a la même religion que moi mais surtout qui fait partie de mon parti politique. Fiston vole à mon secours ! Poste frontière pour entrer en RDC, 500 mètres plus loin. L’attente encore me pousse à faire un brin de causette avec les gens qui attendent. Le garde- moins drôle que le Burundais- se joint à notre discussion. Il a aussi vu que je suis célibataire sur mon passeport. Pas possible. Ses conclusions : Je dois choisir dans les célibataires qu’il y a ici, parce qu’il y en a m’informe-t-il, en fonction de la physionomie. Je propose qu’ils fassent une liste et se mettent sur la liste d’attente. J’ajoute que je ferai passer un examen de repassage, vaisselle et nettoyage ! Pour le plus grand bonheur de la seule jeune femme congolaise qui se trouvait dans notre discussion.
On entame notre périple. Huit heures de route. Parfois asphaltée, mais le plus souvent, de la terre battue, des cailloux énormes et des ornières d’un demi mètre de profondeur minimum. Le tout dans la montagne à quelques centimètres de ravins. On contourne le Rwanda pour aller au Sud Kivu. On ne sait pas ce qu’il peut nous arriver. Nous ne sommes ni protégés, ni armés. Au début on perd la Jeep de Miet Smets et Jean-Pol Davreux. Perso, je me sens en sécurité. Je ne pense pas une seule seconde à toutes les inconnues. C’est mieux. La route est longue. On ne s’arrête plus. On traverse des paysages à couper le souffle. Au milieu de nulle part surgissent des enfants qui courent derrière la camionnette. Ils veulent des stylos ou des bonbons. Ils veulent quelque chose, c’est tout. On découvre au détour d’un tournant, des petits villages plantés dans la colline, dans des petites huttes. Des mamans qui travaillent sans relâche, des enfants, plein d’enfants. Dès 5 ans, ils s’occupent déjà ; ils portent des bidons d’eau sur le dos, avec un bandeau partant du front ou ils portent leur petit frère ou sœur. On rencontre, dès notre arrivée, nos premiers interlocuteurs, les "honorables" du Conseil provincial puis Chouchou et ses collaboratrices de l'association Femmes des médias. Je raconterai ça plus tard. Ca demande du temps d'abord d'ingérer toutes les horreurs entendues, puis de les digérer. j'en ai fait des cauchemars d'ailleurs. La terre a encore tremblée cette nuit. A 6h05 précise.
09:15 Publié dans au-delà des frontières | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kivu, bukavu, mission, ong, femmes, violences sexuelles



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